« I.A un problème ? »
Depuis un récent avis Google laissé par une personne en colère que nous n’avions pas pu recevoir dans les 24h explicitant que nous serions bientôt remplacées par Chat GPT ou autre I.A., et suite à la journée nationale organisée par l’AEPF (Association des écrivains publics de France) le 16 mai dernier portant sur l’IA et l’Écrivain public, l’IA est dans nos pensées.
Mais l’écrivain public pourra t-il fermer boutique en raison d’une I.A. qui rédige un courrier en quelques secondes ?
Madame F. me rencontre à la bibliothèque. Elle a reçu un courrier refusant le renouvellement de sa reconnaissance de handicap, l’AAH et la carte de stationnement, pour une pathologie datant pourtant de son adolescence.
Elle sort timidement une feuille de son dossier, un courrier de réponse qu’elle souhaitait me montrer avant de l’envoyer.
Je constate que ce courrier ne présente aucun signe d’hésitation, qu’il est tapé à l’ordinateur, et que le champ lexical est riche. Cependant quelque chose cloche, l’adresse en tête de courrier n’est pas la bonne, et le courrier regroupe les 2 recours à faire normalement de façon séparée: l’une pour la carte CMI, l’autre pour le refus AAH/RQTH. Elle m’avoue avoir fait appel à l’intelligence artificielle.
Je comprends mieux les effets de style et l’insistance sur les conditions de vie, l’absence de références légales et de pertinence. Non pas que l’IA ne sait pas le faire, mais tout dépend de la commande que l’on passe. Ce fameux « prompt » qui est analysé par l’IA. Si vous lui donnez le mauvais grain à moudre, il ne fera pas de la bonne farine.
Quittons la métaphore pour revenir à nos courriers où nous avons appuyé sur les points essentiels.
Lorsque cette dame est repartie, j’ai compris qu’on allait être face à une problématique. Non pas celle de craindre notre disparition, mais celle de devoir passer derrière des recours commandés à l’intelligence artificielle qui feront perdre des chances aux usagers.
Un mois plus tard, Madame D. nous explique que France Travail lui réclame de l’argent au motif qu’elle n’aurait pas déclaré toutes ses activités professionnelles. Les informations arrivent au compte-goutte et je lui demande si elle souhaite contester cet indu ou si elle rencontre une difficulté financière et dans ce cas on pourrait demander une remise gracieuse.
Elle finit par sortir son smartphone et me montre un message envoyé à France Travail : le même style que le mois précédent, avec des arguments peu pertinents, aucune formulation claire de ce qu’elle attend : une remise ? un effacement ? un échéancier ?
Sachant qu’elle parlait peu le français, je lui demande qui lui a rédigé son courriel… IA a encore frappé.
A la différence qu’elle avait déjà envoyé ce message et le refus ne s’est pas fait attendre. Nous ne pouvions plus rien faire.
I.A. comme un problème …